« Non, la peinture n’est pas faite pour décorer les
appartements, c’est un instrument de guerre offensif et défensif contre
l’ennemi. » Pablo Picasso (1881 -1973)
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Pablo Picasso |
Que s’est-il passé à Guernica?
Nous sommes le 26 avril 1937. L’Espagne est en plein chaos:
le général Franco et une partie de l’armée se sont opposés au vote du peuple qui confiait le
gouvernement de la République espagnole aux partis de gauche. Le pays est
déchiré par une guerre civile sanglante. L’Allemagne nazie et l’Italie de
Mussolini soutiennent militairement le général et envoient des avions armés de
bombes incendiaires et explosives à Guernica, une petite ville basque du nord de l’Espagne,
peuplée de 6000 habitants.
Le lundi, c’est jour de marché à Guernica. Les gens sont venus de toute la région environnante, les rues sont bondées. A 16 heures 30, les premiers avions allemands de la légion Condor survolent la ville. C’est la panique. Trois heures et quinze minutes d’enfer : c’est le temps qu’il a fallu pour lancer 50 tonnes de bombes et 3000 engins incendiaires. Le bilan officiel des victimes sera de 1654 morts et plus de 800 blessés, tous des civils sans défense…
Le lundi, c’est jour de marché à Guernica. Les gens sont venus de toute la région environnante, les rues sont bondées. A 16 heures 30, les premiers avions allemands de la légion Condor survolent la ville. C’est la panique. Trois heures et quinze minutes d’enfer : c’est le temps qu’il a fallu pour lancer 50 tonnes de bombes et 3000 engins incendiaires. Le bilan officiel des victimes sera de 1654 morts et plus de 800 blessés, tous des civils sans défense…
Et Picasso peint …
Picasso habite en France, à Paris. La République espagnole
lui a commandé une œuvre pour l’Exposition internationale de Paris, qui doit se
dérouler entre mai et novembre 1937. Le 1 er mai 1937, lorsqu’il lit
les articles de journaux relatant le massacre de Guernica, lorsqu’il voit ces
photos de ruines et de désolation, Picasso est sous le choc :
il décide alors de peindre sa douleur, sa révolte, son rejet de la violence.
Le jour-même, il commence à dessiner et fait ses premières
esquisses sur papier dans son atelier de la rue des Grands-Augustins numéro
sept.
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Esquisse sur papier |
Les différentes étapes de la création de Guernica sont photographiées par
sa compagne et muse, Dora Maar. C’est
d’ailleurs la première fois que Picasso tolère une présence lorsqu’il crée. Un
merveilleux témoignage de la genèse d’une œuvre.
Le 11 mai, Picasso peint à l’huile sur une toile gigantesque
de plus de sept mètres sur trois mètres cinquante. En blanc, gris, noir, avec
quelques touches de jaune. Des couleurs qui rappellent celles des clichés de la
presse de l’époque.

Il dévoile des formes géométriques propres au cubisme, qui
s’entrechoquent dans une maison bombardée où règne un indescriptible chaos…
Cette immense fresque comporte en son centre un cheval transpercé par une
lance, animal symbolique qui représente l’âme du peuple espagnol, peuple martyr.
Son corps est strié de petites lignes, comme s’il portait sur lui, imprimé dans
sa chair, le décompte de ses innocentes victimes. Il domine de toute sa hauteur
un soldat décapité, le regard figé dans la mort, qui semble encore hurler. A
gauche, un puissant taureau au regard impassible, nous fixe d’un regard
inexpressif. Ses oreilles sont comme deux lames de couteaux, sa queue s’élève
comme un panache de fumée : il représente la force brutale. Et puis trois
femmes : celle de droite, brûlée vive. Ses yeux ont pris la forme d’une
larme, elle tend ses bras vers le ciel comme pour implorer de l’aide. A gauche,
une mère ivre de douleur qui tient son enfant mort dans les bras : c’est
l’innocence assassinée… Ses yeux ont également la forme d’une larme, elle regarde
le taureau et le cri qu’elle lui adresse est aiguisé comme une arme blanche :
les injustices de la guerre engendrent des besoins de vengeance. Et celle du
centre, hagarde et courbée par la douleur, qui se traîne, les mains vides, un
genou blessé à terre. Etre torturé, brisé, elle semble inexorablement attirée
par une lumière porteuse de vie.
Regardez dans l’ombre entre le taureau et le cheval, à peine
perceptible à notre regard, se trouve la colombe de la paix, avec son aile
cassée, qui lance un cri de désespoir vers le ciel. Elle a échoué à réconcilier
les deux ennemis et semble maintenant happée par l’obscurité et le néant.
Tout est horreur, souffrance et cris. Un immense vacarme
s’échappe de cette toile ! Les victimes qui hurlent, le cheval qui hennit,
ses sabots qui frappent le sol, les craquements sinistres de la maison en feu…
Pourtant, un ange qui semble descendre du ciel, s’introduit
par la fenêtre. Son regard est doux, plein de peine. Il découvre avec stupeur
cette scène cauchemardesque. A bout de bras, il tient une lampe à pétrole qui
diffuse une lueur d’espoir dans ce chaos. Avez-vous remarqué la fleur délicate
qui pousse sur la lame brisée du soldat ? Une toute petite chose, perdue
dans cet entassement confus et qui risque fort de se faire écraser. Elle
détient pourtant entre ses fins pétales
un message essentiel : la vie est
plus forte que la mort, la paix vaincra sur l’horreur de cette guerre…
La fresque est exposée :
Le tableau, terminé en un mois, est installé dans le
pavillon espagnol de l’Exposition universelle de Paris.
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Exposition universelle de Paris, 1937 |
En face de
« Guernica » se trouve un portrait de Federico Garcia Lorca, un poète
espagnol assassiné sans jugement par le camp franquiste. A côté, un poème de Paul
Eluard, grand ami de Picasso :
La victoire de
Guernica
Beau monde des masures
De la nuit et des
champs
Visages bons au feu
visages bons au fond
Aux refus à la nuit
aux injures aux coups
Visages bons à tout
Voici le vide qui vous
fixe
Votre mort va servir
d’exemple
La mort cœur renversé
Ils vous ont fait
payer le pain
Le ciel la terre l’eau
le sommeil
Et la misère
De votre vie
Ils disaient désirer
la bonne intelligence
Ils rationnaient les
forts jugeaient les fous
Faisaient l’aumône partageaient
un sou en deux
Ils saluaient les
cadavres
Ils s’accablaient de
politesses
Ils persévèrent ils
exagèrent ils ne sont pas de notre monde
Les femmes les enfants
ont le même trésor
De feuilles vertes de
printemps et de lait pur
Et de durée
Dans leurs yeux purs
Les femmes les enfants
ont le même trésor
Dans les yeux
Les hommes le
défendent comme ils peuvent
Les femmes les enfants
ont les mêmes roses rouges
Dans les yeux
Chacun montre son sang
La peur et le courage
de vivre et de mourir
La mort si difficile
et si facile
Hommes pour qui ce
trésor fut chanté
Hommes pour qui ce
trésor fut gâché
Hommes réels pour qui
le désespoir
Alimente le feu
dévorant de l’espoir
Ouvrons ensemble le
dernier bourgeon de l’avenir
Parias la mort la
terre et la hideur
De nos ennemis ont la
couleur
Monotone de notre nuit
Nous en aurons raison.
Paul Eluard (Cours naturel, 1938)
Au cours de l’exposition, un officier allemand demande à
Picasso : « C’est vous qui avez fait cela ? »,
l’artiste lui répond du tac au tac : « Non, c’est
vous ! »
Après l’exposition, Picasso refuse que sa fresque aille en
Espagne tant que le pays ne sera pas redevenu démocratique. Le transatlantique
« Normandie » la mène donc aux Etats-Unis. Elle rejoint le musée
d’art moderne de New- York en 1939 où elle restera exposée quarante-deux ans,
puisque le général Franco décède en 1975, sonnant ainsi le glas de la dictature.
En 1981, « Guernica » est enfin exposé au musée du Prado de Madrid,
puis au musée de la Reine Sofia en 1992.
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Musée de la Reine Sofia |
Magnifique !!!!! ;) Merci Marie. jte connait pas mais c vraiment génial sque tu fais J' ADORE :) !!!
RépondreSupprimerWaouh!!! :) Voilà un commentaire qui fait drôlement plaisir, merci! Je t'envoie un gros bisou même si je ne te connais pas non plus... A très bientôt!
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