Marley a six mois. Des leçons de dressage s’imposent
pour ce chien turbulent, victime de son inépuisable énergie…
[…]
Avant même de descendre de voiture, Marley repéra un
attroupement de chiens avec leur maître. Une fête ! Il bondit hors du
véhicule, arrachant sa laisse qu’il traîna derrière lui pour rejoindre ses
nouveaux petits camarades. Il alla d’un chien à l’autre, reniflant leurs
parties intimes, lâchant un petit pipi, et bavant à foison. Pour Marley,
c’était un festival d’odeurs et de sensations – toutes ces femelles et si peu
de temps ! Et il profitait du moment présent, prenant bien garde de rester
toujours à bonne distance, de sorte que quand je croyais l’attraper, il se
sauvait en faisant un saut sur le côté. Je parvins finalement à me rapprocher
et, soudain, je bondis sur lui, plantant mes deux pieds sur sa laisse. Cela le
coupa si brusquement dans son élan que l’espace d’une seconde, je craignis lui
avoir brisé la nuque. Il tomba sur ses pattes arrière, tourna autour de sa
laisse et me fixa avec l’expression béate d’un héroïnomane qui aurait eu sa
dose.
Pendant ce temps, l’instructrice nous observait d’un air qui
n’aurait pas été plus réprobateur si j’avais jeté mes vêtements et que je
m’étais mis à danser nu.
-Prenez place, s’il vous plaît, nous dit-elle sèchement.
« Il va falloir que vous décidiez qui d’entre vous sera
le maître, ajouta-t-elle en voyant que Marley nous entraînait tous deux, Jenny
et moi.
Nous commençâmes à lui expliquer que nous voulions participer tous le deux, mais elle nous interrompit.
-Un chien, dit-elle, n’obéit qu’à un seul maître.
Je voulus protester, mais elle m’intima le silence avec l’un
de ces regards glacials qu’elle devait réserver aux chiens désobéissants. Je me
mis donc en retrait sans un mot, laissant Jenny aux commandes.
C’était probablement une erreur. Marley était déjà beaucoup
plus fort que Jenny et il le savait. Miss Dominatrix n’en était qu’à son
introduction sur l’importance d’établir un rapport de domination entre l’homme
et l’animal quand Marley décida que le caniche du groupe méritait qu’on s’y
intéressât de plus près. Il se lança vers lui avec Jenny dans son sillage.
Tous les autres chiens se tenaient sagement à côté de leur
maître, attendant la suite des instructions. Jenny se démenait pour obliger
Marley à s’arrêter, tandis qu’il l’entraînait dans une course folle, à la
poursuite du caniche. Ma femme avait l’air de faire du ski nautique, véhiculée
par un puissant hors-bord. Tout le monde la fixait. Certains ricanaient. Je
préférai ne pas en voir davantage.
Marley n’était pas fait pour la discipline. Il fondit sur le
caniche et plongea son museau entre ses pattes, sûrement une façon toute
masculine de lui demander : Alors,
vous venez souvent ici ?
Après que Marley eut effectué un examen gynécologique
complet du caniche, Jenny parvint enfin à le ramener à sa place. Miss
Dominatrix annonça calmement :
-Ceci, chers amis, est l’exemple même du chien qui a été
habitué à croire qu’il était le mâle dominant de la famille. Et aujourd’hui,
c’est lui qui mène la danse.
Et comme pour illustrer ce point, Marley se mit à
pourchasser sa queue. Tout en aboyant, il enroula sa laisse autour des
chevilles de Jenny, jusqu’à ce que celle-ci fût totalement immobilisée. Je
compatissais, tout en remerciant le ciel de ne pas être à sa place.
L’instructrice commença à nous enseigner les ordres de
base : assis et couché. Jenny ordonna à Marley : « Assis ! »
- il lui sauta dessus et planta ses pattes sur ses épaules. Elle le força à se
coucher sur le sol – il se roula par terre. Elle essaya de le faire tenir en
place – il attrapa sa laisse entre ses dents et secoua la tête de droite à gauche
comme s’il luttait contre un python. Cela faisait peine à voir. À un moment, je
vis Jenny allongée sur le sol, face contre terre, Marley jappant joyeusement
au-dessus d’elle. Plus tard, elle m’expliqua qu’elle essayait de lui montrer ce
que signifiait « couché ».
Quand la classe fut terminée et que Jenny et Marley m’eurent
rejoint, Miss Dominatrix nous héla.
-Vous devriez vraiment essayer de garder le contrôle de cet
animal, dit-elle d’un air ironique.
Eh bien, merci pour ce
précieux conseil. Et merci aussi de penser que nous nous sommes inscrits à ce
cours pour distraire le reste de la classe. Aucun de nous ne sut que
répondre, Nous gagnâmes la voiture en silence, vaincus par l’humiliation et
nous rentrâmes en silence à la maison. On entendait seulement le battement de
la queue de Marley, encore tout émoustillé après sa première expérience de
dressage.
-Une chose est sûre à son propos, il adore l’école, dis-je
finalement.
[…]
Extrait du
livre : « Marley et moi » de John Grogan, éd. Livre de
Poche
L’auteur et le livre :
![]() |
John Grogan et Marley |
John Grogan est né en 1957 à Détroit, Etats-Unis. Après ses
études, il se tourne vers le journalisme et devient chroniqueur. Dans ses
articles, il décrit sur le ton humoristique, sa vie avec son chien Marley, un
labrador qu’il adopte en 1991. Un abondant courrier de lecteurs enchantés lui
donne l’idée de réunir son travail dans un livre qu’il intitule :
« Marley et moi, mon histoire d’amour avec le pire chien du monde. »
Il paraît aux Etats-Unis en 2005. L’ouvrage devient rapidement un best-seller
international vendu à plus de 8 millions d’exemplaires. En 2007, il est publié
en français.
John Grogan vit actuellement en Pennsylvanie avec son épouse
Jenny, leurs trois enfants et un autre labrador nommé « Gracie ».
Une adaptation cinématographique a été tournée en 2008, avec
Jennifer Aniston et Owen Wilson.
L’histoire :
![]() |
Marley |
Cette histoire vraie débute en 1991. Un couple de journalistes trentenaires, John et
Jenny Grogan, vit insouciant, sous le soleil de Floride, dans une adorable petite
maison en bord de mer. Ils auraient tout
pour être heureux dans ce quotidien paisible, mais l’horloge biologique de
Jenny se manifeste avec de plus en plus d’insistance et elle ne rêve que de
maternité. Pourtant, une question taraude le
couple: auront-ils les compétences requises pour élever un
enfant ? « Je pense qu’avoir un chiot serait un bon
entraînement » déclare un jour Jenny.
Pourquoi pas, plein de gens ont des chiens, rien d’extravagant là
-dedans, n’est-ce pas ?
Et les voilà achetant en solde (mais oui, en voilà de la
chance…) un magnifique chiot labrador beige, qu’ils nomment Marley. Sauf qu’en
ressortant de chez l’éleveuse, ils croisent un monstrueux
chien trempé, crotté et baveux
qui galope avec la grâce d’un pachyderme, une étrange lueur dans le regard !
Consternation …c’est le père de leur mignon petit Marley…
Les voilà désormais embarqués dans une aventure pleine de
drôlerie (pour le lecteur..) avec un
chien infernal de 45 kilos, insatiable glouton, incontrôlable maladroit,
imperméable à toute forme de discipline, mais qui considère tout le monde comme
son meilleur ami… Un récit rocambolesque qui se déroule sur fond de maternité,
de vie familiale, de déménagements et de réjouissances en tous genres !
Mon avis :
Evidemment, lorsqu’on lit ce livre, inutile d’y rechercher des tournures de phrases enivrantes, une prose mélodieuse ou des effets de style. Il n’y a rien de tout cela ! On a même parfois droit à quelques lourdeurs d’une autre époque dans l’emploi du passé simple…
Mais vous savez que j’aime me divertir et là, c’était plutôt
réussi ! Même si certaines scènes peuvent paraître un peu surfaites,
d’autres sont vraiment cultissimes et titillent encore les zygomatiques après plusieurs relectures… Je pense en
particulier à celle, plutôt scabreuse, de la paradisiaque plage réservée aux toutous : magnifique
d’humour et de dérision, on ne peut s’empêcher de rire, même si on compatit de
tout notre coeur pour le malheureux John Grogan. Comme quoi, quand on aime,
vaut mieux ne pas compter…les bêtises.
Ce livre n’est pas seulement drôle. La fin est très
émouvante, difficile de ne pas verser sa petite larme, puisque le récit raconte
également les derniers instants de Marley, ainsi que la véritable épreuve que
représente la disparition d’un animal familier pour une famille avec enfants.
L’auteur écrit alors, avec beaucoup de
tendresse : «À la mort de Marley, je découvris un nouveau concept –
Marley en tant que mentor. En tant que maître et modèle. Était-il possible
qu’un chien- en particulier un chien aussi déluré- pût montrer aux hommes les
choses qui comptaient vraiment dans la vie ? Je crois que oui. Loyauté.
Courage. Dévotion. Simplicité. Joie. Et
les choses qui ne comptaient pas, aussi. Un chien n’avait pas besoin de belles
voitures, de grandes maisons ou de vêtements griffés. Les symboles de prestige
ne signifiaient rien pour lui. Un simple bâton lui suffisait. Un chien jugeait
les autres non pas en fonction de leur couleur, de leurs croyances ou de leur
statut social, mais simplement en fonction de ce qu’ils étaient vraiment. Un
chien se moquait de savoir si vous étiez pauvre ou riche, cultivé ou illettré,
intelligent ou borné. Donnez-lui votre cœur et il vous donnera le sien. C’est
aussi simple que cela et pourtant, nous, humains, si sages et si sophistiqués,
nous avons toujours eu du mal à comprendre ce qui est vraiment
important. »
Vous l’aurez compris, ce livre est à ne pas manquer pour les
amoureux des chiens. Il leur rappellera
bien des situations et des sentiments partagés par tout propriétaire canin… Mais
il est aussi à recommander à ceux qui apprécient en toute simplicité l’humour,
la légèreté de ton et la lecture-détente.
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