Dans les ténèbres qui m’enserrent,
Noires comme un puits où l’on se noie,
Je rends grâce aux dieux quels qu’ils soient,
Pour mon âme invincible et fière,
Dans de cruelles circonstances,
Je n’ai ni gémi ni pleuré,
Meurtri par cette existence,
Je suis debout bien que blessé,
Se profile l’ombre de la mort,
Je ne sais ce que me réserve le sort,
Mais je suis et je resterai sans peur,
Aussi étroit soit le chemin,
Nombreux les châtiments infâmes,
Je suis le maître de mon destin,
Je suis le capitaine de mon âme.
William Ernest Henley
(Variante française proposée
dans le film de Clint Eastwood)
Le poème :
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William Ernest Henley |
Il est écrit en 1875 par le poète britannique William Ernest
Henley (1849-1903), qui fut également éditeur et critique littéraire. William
souffre depuis l’âge de 12 ans d’une tuberculose osseuse. Il a 25 ans lorsque de
graves complications médicales rendent
nécessaire l’amputation d’un pied.
Lors de son hospitalisation en 1875, l’opération est suivie de terribles
douleurs et le jeune homme écrit ce poème sur son lit d’hôpital pour se donner
le courage et la force de surmonter sa souffrance.
Il sera publié sans
titre, dans un recueil de poèmes en 1888. C’est un certain Arthur Quiller –Couch, poète et romancier anglais, qui lui attribue
en 1900 un titre en latin : « Invictus », qui signifie
« invaincu, invincible ».
Il existe de nombreuses versions françaises de ce poème,
étant donné qu’il a été traduit plus ou moins librement à partir de l’original en
anglais, que voici :
Invictus
Out of the night that covers me,
Black as the pit from pole to pole,
I thank whatever gods may be
For my unconquerable soul.
In the fell clutch of circumstance
I have not winced nor cried aloud.
Under the bludgeonings of chance
My head is bloody, but unbowed.
Beyond this place of wrath and tears
Looms but the Horror of the shade,
And yet the menace of the years
Finds and shall find me unafraid.
It matters not how strait the gate,
How charged with punishments the scroll,
I am the master of my fate:
I am the captain of my soul.
Comme mon anglais
n’est pas suffisamment pointu pour me permettre de juger de la pertinence de la
traduction que je vous propose ci-dessus, je ne m’aventurerai pas dans une
interprétation précise du poème…
Les vers qui
reviennent pourtant assez fidèlement dans les multiples variantes sont :
« Je suis le maître de mon destin,
Je suis le
capitaine de mon âme. »
Ils résument bien l’esprit du poème : chacun détient les
clés de sa propre destinée. Gardez le cap avec détermination, en toutes
circonstances la tête haute. Et ne
doutez jamais de la force qui vous habite. Vous traverserez ainsi les pires coups du sort
et les épreuves de la vie qui paraissent les plus insurmontables…
Nelson Mandela et « Invictus » :
J’ai découvert ce poème en 2009, comme beaucoup d’entre
vous, lors de la sortie du film de Clint Eastwood « Invictus » :
la voix chaude et grave de la doublure française de Morgan Freeman en fait une émouvante
lecture. Magnifique… Je vous la propose en lien sous l’adresse suivante : http://www.youtube.com/watch?v=x5dTDpqXrfk
Dans ce film, on apprend qu’ « Invictus » est
le poème préféré de Nelson Mandela. Lors de sa longue incarcération de 28 ans
dans la prison sud-africaine de Robben Island, peine purgée en raison de son
activisme anti- apartheid en faveur de
l’égalité des droits civiques, Nelson Mandela avait trouvé un grand réconfort
dans la lecture quotidienne de ce poème. Il l’avait d’ailleurs recopié sur un
mur de sa minuscule cellule…
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Mandela dans sa cellule à Robben Island |
En 1994, Mandela est élu à la tête du gouvernement
sud-africain. Il proclame la fin de l’apartheid, mais le pays est déchiré par
des haines et des rancoeurs encore bien
présentes. Il tente alors de trouver des
thèmes rassembleurs susceptibles de renforcer une unité nationale défaillante. Or,
en 1995, l’Afrique du Sud devient le pays organisateur de la coupe du monde de
rugby. Mandela comprend très vite que l’équipe nationale, les Springboks,
malgré de forts clivages ethniques, peut cristalliser tout l’enthousiasme et toute l’énergie positive d’une société en
reconstruction. Il encourage de son mieux les joueurs et leur capitaine, François Pienaar : tous
prennent peu à peu conscience de l’enjeu
politique et oeuvrent pour la victoire. La veille de la grande finale contre
les All Blacks de Nouvelle- Zélande,
Mandela offre à François Pienaar une copie manuscrite du fameux poème
« Invictus », en signe d’encouragement et de confiance. Un geste
symbolique, lourd de bien des attentes...
Le succès sourit avec impertinence aux Springboks !
Leur victoire tombe comme une
bénédiction par 15 à 12. C’est tout un peuple qui exulte de joie, jubile de fierté, les yeux tournés vers son équipe… Qui peut encore affirmer que sport est
sans magie ?
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Mandela remet la coupe au capitaine des Springboks François Pienaar |
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