Ou l’histoire de Jean Bouillet dit Bracaillon.
Il n’y avait alors sur le vieux chemin qui va de Bex à
Ollon, à l’endroit où se trouve aujourd’hui le village d’Antagne, qu’un très petit
hameau.
Assises sur leur côteau tranquille, - au pied des collines
alors couvertes de forêts de Huémoz, de Villars et d’Arveyres- ces maisons
étaient pittoresques à voir. Comme aujourd’hui, elles s’étalaient à la clarté
du soleil, dont elles buvaient à longs flots la lumière et la chaleur.
Depuis leurs petites fenêtres, les rares habitants d’Antagne
pouvaient voir le Rhône dessiner sa ligne grise dans la plaine ou bien
entendaient la Gryonne, en temps d’orage, descendre furieuse des hauteurs.
C’étaient de rudes paysans que les Antagnards. Ils étaient
rusés, mais travailleurs. Ils étaient fiers surtout d’avoir compté jadis au
nombre des leurs, Jacques- le- Maréchal, qui, préposé, en 1254, aux soins des
chevaux du couvent de St-Maurice, avait reçu, pour ses bons services, de l’abbé
Nantelme, une terre, à Barge, et une petite île du Rhône. Jacques avait été
pendant longtemps le noble de l’endroit.
À l’époque dont nous allons parler, si Jacques-le–Maréchal
n’existait plus, chacun connaissait dans le hameau Jean Bouillet, surnommé Bracaillon. Ce sobriquet lui était échu
en partage parce qu’il était quelque peu ravaudeur1, enjôleur et
voire même braconnier. D’autres l’appelaient aussi Pain de coucou, parce
qu’il vivait presque toujours dans les bois et se nourrissait volontiers de ce
joli trèfle salé des forêts.
