[…]
La société moderne, sous l’impulsion de la technocratie fanatique, entreprend l’isolement de chacun, claustré dans son appartement, dans son automobile ou son bureau, à l’image du cosmonaute dans sa cabine spatiale ou du prisonnier dans sa cellule ultra-moderne, surveillé comme eux par une police préventive. Isolement qui exclut la solitude : dans le « sable humain » de la modernité, chaque grain se sent seul, mais sent aussi l’accablante multitude des autres. Des autres isolés, des autres isolements en somme, agglutinés par l’architecture, par le travail. Plus de communauté ni de solitude véritable, on a perdu beaucoup à la fois. Les drames avortés faits d’indifférence, d’incompréhension, voire d’agressivité : l’homme moderne ne reconnaît plus que sa solitude. Il se réfugie à la hâte dans sa niche ouatée où sa mauvaise conscience, le sentiment trouble du vide de son existence, le remords du temps gâché, la crainte d’un avenir ressemblant, le besoin d’oubli, la lassitude, l’ennui enfin le soumettent à l’invincible chantage de la consommation.
[…]
Extrait du livre : « Autopsie de Dieu » de François George, éd.Julliard, p.12-13