lundi 1 avril 2013

Marley et moi - John Grogan


Marley  a six mois. Des leçons de dressage s’imposent pour ce chien turbulent, victime de son inépuisable énergie…

[…]

Avant même de descendre de voiture, Marley repéra un attroupement de chiens avec leur maître. Une fête ! Il bondit hors du véhicule, arrachant sa laisse qu’il traîna derrière lui pour rejoindre ses nouveaux petits camarades. Il alla d’un chien à l’autre, reniflant leurs parties intimes, lâchant un petit pipi, et bavant à foison. Pour Marley, c’était un festival d’odeurs et de sensations – toutes ces femelles et si peu de temps ! Et il profitait du moment présent, prenant bien garde de rester toujours à bonne distance, de sorte que quand je croyais l’attraper, il se sauvait en faisant un saut sur le côté. Je parvins finalement à me rapprocher et, soudain, je bondis sur lui, plantant mes deux pieds sur sa laisse. Cela le coupa si brusquement dans son élan que l’espace d’une seconde, je craignis lui avoir brisé la nuque. Il tomba sur ses pattes arrière, tourna autour de sa laisse et me fixa avec l’expression béate d’un héroïnomane qui aurait eu sa dose.

Pendant ce temps, l’instructrice nous observait d’un air qui n’aurait pas été plus réprobateur si j’avais jeté mes vêtements et que je m’étais mis à danser nu.

-Prenez place, s’il vous plaît, nous dit-elle sèchement.
« Il va falloir que vous décidiez qui d’entre vous sera le maître, ajouta-t-elle en voyant que Marley nous entraînait tous deux, Jenny et moi.

Nous commençâmes à lui expliquer que nous voulions participer tous le deux, mais elle nous interrompit.

-Un chien, dit-elle, n’obéit qu’à un seul maître.

Je voulus protester, mais elle m’intima le silence avec l’un de ces regards glacials qu’elle devait réserver aux chiens désobéissants. Je me mis donc en retrait sans un mot, laissant Jenny aux commandes.

C’était probablement une erreur. Marley était déjà beaucoup plus fort que Jenny et il le savait. Miss Dominatrix n’en était qu’à son introduction sur l’importance d’établir un rapport de domination entre l’homme et l’animal quand Marley décida que le caniche du groupe méritait qu’on s’y intéressât de plus près. Il se lança vers lui avec Jenny dans son sillage.

Tous les autres chiens se tenaient sagement à côté de leur maître, attendant la suite des instructions. Jenny se démenait pour obliger Marley à s’arrêter, tandis qu’il l’entraînait dans une course folle, à la poursuite du caniche. Ma femme avait l’air de faire du ski nautique, véhiculée par un puissant hors-bord. Tout le monde la fixait. Certains ricanaient. Je préférai ne pas en voir davantage.

Marley n’était pas fait pour la discipline. Il fondit sur le caniche et plongea son museau entre ses pattes, sûrement une façon toute masculine de lui demander : Alors, vous venez souvent ici ?

Après que Marley eut effectué un examen gynécologique complet du caniche, Jenny parvint enfin à le ramener à sa place. Miss Dominatrix annonça calmement :
-Ceci, chers amis, est l’exemple même du chien qui a été habitué à croire qu’il était le mâle dominant de la famille. Et aujourd’hui, c’est lui qui mène la danse.

Et comme pour illustrer ce point, Marley se mit à pourchasser sa queue. Tout en aboyant, il enroula sa laisse autour des chevilles de Jenny, jusqu’à ce que celle-ci fût totalement immobilisée. Je compatissais, tout en remerciant le ciel de ne pas être à sa place.

L’instructrice commença à nous enseigner les ordres de base : assis et couché. Jenny ordonna à Marley : « Assis ! » - il lui sauta dessus et planta ses pattes sur ses épaules. Elle le força à se coucher sur le sol – il se roula par terre. Elle essaya de le faire tenir en place – il attrapa sa laisse entre ses dents et secoua la tête de droite à gauche comme s’il luttait contre un python. Cela faisait peine à voir. À un moment, je vis Jenny allongée sur le sol, face contre terre, Marley jappant joyeusement au-dessus d’elle. Plus tard, elle m’expliqua qu’elle essayait de lui montrer ce que signifiait « couché ».

Quand la classe fut terminée et que Jenny et Marley m’eurent rejoint, Miss Dominatrix nous héla.

-Vous devriez vraiment essayer de garder le contrôle de cet animal, dit-elle d’un air ironique.

Eh bien, merci pour ce précieux conseil. Et merci aussi de penser que nous nous sommes inscrits à ce cours pour distraire le reste de la classe. Aucun de nous ne sut que répondre, Nous gagnâmes la voiture en silence, vaincus par l’humiliation et nous rentrâmes en silence à la maison. On entendait seulement le battement de la queue de Marley, encore tout émoustillé après sa première expérience de dressage.

-Une chose est sûre à son propos, il adore l’école, dis-je finalement.

[…]

Extrait du livre : « Marley et moi » de John Grogan, éd. Livre de Poche






L’auteur et le livre :

John Grogan et Marley
John Grogan est né en 1957 à Détroit, Etats-Unis. Après ses études, il se tourne vers le journalisme et devient chroniqueur. Dans ses articles, il décrit sur le ton humoristique, sa vie avec son chien Marley, un labrador qu’il adopte en 1991. Un abondant courrier de lecteurs enchantés lui donne l’idée de réunir son travail dans un livre qu’il intitule : « Marley et moi, mon histoire d’amour avec le pire chien du monde. » Il paraît aux Etats-Unis en 2005. L’ouvrage devient rapidement un best-seller international vendu à plus de 8 millions d’exemplaires. En 2007, il est publié en français.

John Grogan vit actuellement en Pennsylvanie avec son épouse Jenny, leurs trois enfants et un autre labrador nommé « Gracie ».

Une adaptation cinématographique a été tournée en 2008, avec Jennifer Aniston et Owen Wilson.

L’histoire :

Marley
Cette histoire vraie débute en 1991. Un  couple de journalistes trentenaires, John et Jenny Grogan, vit insouciant, sous le soleil de Floride, dans une adorable petite maison en bord de mer.  Ils auraient tout pour être heureux dans ce quotidien paisible, mais l’horloge biologique de Jenny se manifeste avec de plus en plus d’insistance et elle ne rêve que de maternité. Pourtant, une question  taraude le couple: auront-ils les compétences requises pour élever un enfant ? « Je pense qu’avoir un chiot serait un bon entraînement » déclare un jour Jenny.  Pourquoi pas, plein de gens ont des chiens, rien d’extravagant là -dedans, n’est-ce pas ?

Et les voilà achetant en solde (mais oui, en voilà de la chance…) un magnifique chiot labrador beige, qu’ils nomment Marley. Sauf qu’en ressortant de chez l’éleveuse, ils croisent  un monstrueux  chien trempé, crotté  et baveux qui galope avec la grâce d’un pachyderme, une étrange lueur dans le regard ! Consternation …c’est le père de leur mignon petit Marley…

Les voilà désormais embarqués dans une aventure pleine de drôlerie  (pour le lecteur..) avec un chien infernal de 45 kilos, insatiable glouton, incontrôlable maladroit, imperméable à toute forme de discipline, mais qui considère tout le monde comme son meilleur ami… Un récit rocambolesque qui se déroule sur fond de maternité, de vie familiale, de déménagements et de réjouissances en tous genres !

Mon avis :

Evidemment, lorsqu’on lit ce livre, inutile d’y rechercher des tournures de phrases enivrantes, une prose mélodieuse ou des effets de style. Il n’y a rien de tout cela !  On a même parfois droit à quelques lourdeurs d’une autre époque dans l’emploi du passé simple…

Mais vous savez que j’aime me divertir et là, c’était plutôt réussi ! Même si certaines scènes peuvent paraître un peu surfaites, d’autres sont vraiment cultissimes et titillent encore les zygomatiques  après plusieurs relectures… Je pense en particulier à celle, plutôt scabreuse, de la paradisiaque  plage réservée aux toutous : magnifique d’humour et de dérision, on ne peut s’empêcher de rire, même si on compatit de tout notre coeur pour le malheureux John Grogan. Comme quoi, quand on aime, vaut mieux ne pas compter…les bêtises.

Ce livre n’est pas seulement drôle. La fin est très émouvante, difficile de ne pas verser sa petite larme, puisque le récit raconte également les derniers instants de Marley, ainsi que la véritable épreuve que représente la disparition d’un animal familier pour une famille avec enfants. L’auteur écrit  alors, avec beaucoup de tendresse : «À la mort de Marley, je découvris un nouveau concept – Marley en tant que mentor. En tant que maître et modèle. Était-il possible qu’un chien- en particulier un chien aussi déluré- pût montrer aux hommes les choses qui comptaient vraiment dans la vie ? Je crois que oui. Loyauté. Courage. Dévotion. Simplicité. Joie.  Et les choses qui ne comptaient pas, aussi. Un chien n’avait pas besoin de belles voitures, de grandes maisons ou de vêtements griffés. Les symboles de prestige ne signifiaient rien pour lui. Un simple bâton lui suffisait. Un chien jugeait les autres non pas en fonction de leur couleur, de leurs croyances ou de leur statut social, mais simplement en fonction de ce qu’ils étaient vraiment. Un chien se moquait de savoir si vous étiez pauvre ou riche, cultivé ou illettré, intelligent ou borné. Donnez-lui votre cœur et il vous donnera le sien. C’est aussi simple que cela et pourtant, nous, humains, si sages et si sophistiqués, nous avons toujours eu du mal à comprendre ce qui est vraiment important. »

Vous l’aurez compris, ce livre est à ne pas manquer pour les amoureux des chiens.  Il leur rappellera bien des situations et des sentiments partagés par tout propriétaire canin… Mais il est aussi à recommander à ceux qui apprécient en toute simplicité l’humour, la légèreté de ton et la lecture-détente.

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