vendredi 14 septembre 2012

Le Prédicateur - Camilla Läckberg

[…]

Elles partageaient la douleur à présent. Comme deux sœurs siamoises, elles se serraient l’une contre l’autre dans une symbiose composée d’amour et de haine. D’une part, ne pas être seule dans l’obscurité créait un sentiment de sécurité. D’autre part, du désir d’échapper au mal jaillissait une hostilité, une envie que la douleur soit destinée à l’autre à la prochaine venue de l’homme. 

Elles ne parlaient pas beaucoup. Leurs voix résonnaient de façon trop lugubre ici dans les ténèbres aveugles. Lorsque les pas s’approchaient, chacune partait de son côté, elles abandonnaient les bras et la peau de l’autre qui avaient été leur seule protection contre le froid et le noir. Alors tout ce qui comptait était d’esquiver la douleur et elles s’affrontaient dans une lutte pour que ce soit l’autre qui se retrouve entre les mains de l’être malveillant.

Cette fois-ci, elle gagna et elle entendit les cris commencer. D’une certaine façon, c’était presque tout aussi horrible d’être celle qui était épargnée. Le bruit des os qui se brisaient était bien gravé dans sa mémoire et elle ressentit dans son propre corps chaque cri de l’autre fille. Elle savait aussi ce qui venait après les cris. Alors les mains qui avaient tordu et vrillé, percé et blessé, se transformaient, et se posaient chaudes et tendres là où la douleur était la plus forte. Elle connaissait maintenant ces mains-là aussi bien que ses propres mains. Elles étaient grandes et fortes, douces et sans aspérités. Les doigts étaient longs et sensibles comme ceux d’un pianiste, et bien qu’elle ne les eût jamais vraiment vus elle pouvait les imaginer très nettement.

Les cris s’intensifiaient maintenant et elle aurait voulu pouvoir lever les bras pour se boucher les oreilles. Mais ils pendaient mous et inutilisables le long de son torse et refusaient de lui obéir.

Quand les cris eurent cessé et que la petite trappe au-dessus de leurs têtes fut ouverte puis refermée, elle se traîna sur le sol froid et humide vers la source des hurlements.

Le temps de consoler était venu.

[…]

Extrait du livre : « Le Prédicateur » de Camilla Läckberg, éd. Actes Sud, p.228 à 229.











L’auteur :

Camilla Läckberg
Camilla Läckberg est née en 1974 à Fjällbacka, petit port de pêche de la côte ouest de la Suède, qui sert également de décor à ses intrigues policières. Après avoir été économiste, elle se lance dans l’écriture d’une série à succès où elle met en scène Erica Falck et Patrik Hedström. Les différents tomes de cette série sont tous publiés chez Actes Sud :
  1. « La Princesse des glaces »,  en 2008 pour l’édition française
  2.  « Le Prédicateur », en 2009
  3.  « Le Tailleur de pierre », en 2009
  4. « L’Oiseau de mauvaise augure », en 2010
  5.  « L’Enfant allemand », en 2011
  6.   « Les Sirènes », en 2012
Passionnée de cuisine, Camilla Läckberg a écrit un recueil de recettes. Ses trois enfants lui ont également inspiré des livres.

L’histoire :

C’est l’été à Fjällbacka, petit port touristique de Suède. Un enfant trouve au fond d’une grotte le cadavre d’une femme, posé sur deux squelettes. L’inspecteur Patrik Hedström découvre rapidement qu’il s’agit du corps d’une jeune touriste venue camper dans la région et que cette mort est liée à d’anciennes affaires non résolues à l’époque. Peu après, deux jeunes filles disparaissent. Faut-il  craindre la présence d’un tueur en série ? Au cours d’une enquête policière ardue, l’inspecteur finira par soupçonner la famille de feu le « Prédicateur » Ephraïm Hult, une famille dont le passé recèle bien des zones d’ombre.
Une véritable course contre la montre s’engage alors, et Patrik Hedström va tout faire pour retrouver les filles vivantes…   

Mon avis :

On ne lit pas du Camilla Läckberg pour son style ou sa plume. L’écriture est minimaliste, les personnages souvent caricaturaux et certaines situations sont peu vraisemblables. De plus, le lecteur est confronté à une pléthore de prénoms et de noms qui sèment la confusion dans son esprit en début de récit (j’ai dû me dessiner un petit arbre généalogique de la famille Hult pour m’y retrouver…).

 Mais l’auteure sait ménager  le suspense avec un jeu de fausses pistes et des petits chapitres qui s’interrompent au moment où les choses deviennent intéressantes pour le lecteur. Elle  distille son humour dès qu’une bonne occasion se présente et crée ainsi des scènes cocasses, qui amènent un peu de légèreté dans une histoire parfois glaçante (lire extrait ci-dessus). De plus, elle  aime développer la psychologie de ses personnages, enrichissant ainsi le récit de chapitres diversement colorés.  Cette alternance d’ambiances maintient l’attention du lecteur et le mène d’un pas sûr,  jusqu’à la conclusion de l’intrigue.

Au final, un livre parfait lorsqu’on veut lire un roman facile et distrayant. Seulement attention : le livre est conçu comme un feuilleton télévisé. L’enquête trouve bien un épilogue, mais il faut lire le volume suivant pour connaître la suite de certaines situations pourtant développées tout au long du récit. Je pense en particulier à la grossesse d’Erika, la compagne de l’inspecteur, dont on nous explique en long et en large tous les maux, et qui accouche à la fin du livre, sans qu’on sache même s’il s’agit d’un garçon ou d’une fille. La suite au prochain épisode... Voilà sans nul doute une stratégie commerciale très efficace !

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