samedi 1 février 2014

Enigme du Sphinx à Œdipe

Oedipe et le Sphinx, de Jean-Auguste-Dominique Ingres

Vieux de 3000 ans, les récits mythologiques de la Grèce antique sont parvenus jusqu’à nous grâce à des représentations picturales sur des céramiques, des sculptures, mais également par l’intermédiaire de textes d’auteurs tels qu’Homère, Sophocle, Hérodote, Sénèque ou Hésiode.

Vase grec du VI ème siècle av. J.-C.

Attardons-nous sur le célèbre épisode mythologique impliquant Œdipe et le Sphinx. Comme pour la plupart de ces histoires antiques, le récit est affreusement complexe et les sources se contredisent parfois. Aussi je vous en propose une version simplifiée pour une meilleure compréhension.

Nous sommes à Thèbes, capitale de la Béotie. Le roi de cette ville se nomme Laïos et son épouse, Jocaste. Une prophétie apprend au couple royal que leur enfant sera à l’origine d’un terrible malheur, puisque sa destinée se résume en deux actes : assassiner son père et épouser sa propre mère. 

Aussi, lorsqu’un garçon voit le jour, Laïos et Jocaste se dépêchent de prendre leurs précautions et ordonnent  à un serviteur d’abandonner le bébé sur le Mont Cithéron. On troue même les pieds du petit malheureux pour l’attacher  plus solidement (au cas où il aurait l’idée saugrenue de partir en trottinant, on ne sait jamais…). Cet exercice de couture n’est pas au goût du serviteur. Pris de remords, il confie l’enfant à un berger qui passe par là. Le bébé se retrouve finalement à la cour du  roi de Corinthe. Ce dernier le nomme Œdipe, ce qui signifie « Celui qui a les pieds enflés » et l’élève comme un fils, tout en le maintenant dans l’ignorance de son passé. 

Mais en grandissant, Œdipe conçoit des doutes sur ses origines. Il va donc consulter l’oracle de Delphes, qui lui révèle la funeste prophétie. Le jeune homme, horrifié, décide de ne plus jamais retourner à Corinthe, afin d’avoir une chance d’échapper à la malédiction. Il part seul sur les routes du pays. 

C’est alors que les rouages du destin se mettent inexorablement en marche : un jour, Œdipe croise un groupe d’hommes. Une rixe éclate et Œdipe tue le chef de la bande. Sans le savoir, il vient d’abattre son véritable père, Laïos, qui se rendait à Delphes pour consulter l’oracle et lui demander conseil, car un monstrueux Sphinx terrorise les habitants de Thèbes. Ce monstre a été envoyé par la déesse Héra, afin de punir Laïos. En effet, le roi n’a pas hésité à enlever un jeune homme qui lui plaisait pour l’obliger à être son amant (évidemment, ça c’est moche).

Thèbes se retrouve donc sans souverain. Le beau-frère de Laïos, Créon, prend la régence de la ville. Lui aussi veut se débarrasser de cette créature qui dévore sauvagement ceux qui ne parviennent pas à résoudre l’énigme qu’elle leur soumet. Il emploie donc les gros moyens et fait la promotion d’un duopack bien ficelé : il promet  le trône et la main de sa sœur, la reine Jocaste, à l’homme qui enverra le Sphinx rôtir en enfer au royaume d’Hadès. Malheureusement, nombre de téméraires se frottent à la bête, mais aucun d’entre eux n’en revient jamais pour réclamer son dû…

Pendant ce temps, les pas d’Œdipe finissent par le conduire à Thèbes, ville où il est né (ben oui, le monde est petit...). Et voilà qu’il arrive sur les remparts de la ville, là où le Sphinx se terre, à l’affût du premier imprudent qui se risquerait à passer devant lui. Œdipe découvre soudain une créature cauchemardesque au buste de femme, au corps de lion, avec deux ailes.

Oedipe et le Sphinx,de G. Moreau (1864)

Oedipe et le Sphinx, François-Xavier Fabré

Bien entendu, le Sphinx soumet à Œdipe la fameuse énigme. S’il trouve la réponse, il aura la vie sauve, dans le cas contraire, ses os viendront s’ajouter à l’impressionnante collection qui jonche déjà le sol (de quoi jouer au mikado pendant les longues journées d’hiver, lorsque plus personne ne passe par là…).



Voici la question du Sphinx :


« Quel être, pourvu d’une seule voix, a d’abord quatre jambes le matin, puis deux jambes le midi, et trois jambes le soir ? »








La réponse d’Œdipe :

« C’est l’homme, qui marche à quatre pattes dans son enfance, se tient debout à l’âge adulte et s’aide d’un bâton quand il devient vieux. »




Bingo, il a trouvé la réponse! Vous voulez connaître la suite de l’histoire ?

Eh bien, le Sphinx, dépité, se jette dans le vide et succombe au bas de la falaise. En voilà un que personne ne va regretter! Quant à Œdipe, bien évidemment, il ne laisse pas passer l’aubaine et  épouse la reine  Jocaste, dont il ignore toujours qu’elle est sa mère. 

Jocaste et Oedipe roucouleront quelques années et auront même quatre enfants : deux fils, Etéocle et Polynice, ainsi que deux filles, Antigone et Ismène. Jusqu’au jour funeste où la peste s’invite à Thèbes et décime toute la contrée. Décidément, elle est maudite cette cité ! Que faire… ? Grand Zeus, bien sûr ! Consulter l’oracle de Delphes et le devin Tirésias!

Ce sont eux qui font le lien entre cet épouvantable fléau et le  meurtre de Laïos. Ils ne voient qu’une solution: pour sauver Thèbes, il faut expulser le coupable hors de la ville.  D’indices en recoupements, Œdipe finit par comprendre que c’est lui l’assassin  de Laïos et qu’il était son véritable père. Comble de malheur, la suite s’impose très vite : il a épousé sa mère et ses enfants sont le fruit de leur inceste.

Choquée par l’énormité de sa faute, Jocaste se pend. Quant à Œdipe, il se crève les yeux en signe de repentance, puis s’exile avec sa fille Antigone, qui lui sert de guide. Ils mènent dès lors une vie misérable de mendiants, arpentant les routes du monde et poursuivis par des furies. A sa mort, Oedipe est accueilli par Hadès au Royaume des ombres. Antigone choisit alors de retourner à Thèbes.

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